Assurance-vie, PEA, PER : dans quel ordre les ouvrir selon votre tranche d'imposition
L'assurance-vie, le plan d'épargne en actions (PEA) et le plan d'épargne retraite (PER) forment le trio gagnant des grandes enveloppes d'investissement long terme accessibles en France.
On les présente souvent comme des enveloppes concurrentes. C'est une erreur. Chacune répond à sa propre logique fiscale. Elles peuvent s'ouvrir en même temps ou à des étapes bien précises de votre vie. Derrière ce titre d'article aguicheur, il n'y a en réalité aucun ordre d'ouverture prédéfini. Il existe cependant certaines bonnes pratiques et spécificités utiles à connaître.
L'assurance-vie joue sur un "abattement de sortie" qui se débloque avec l'ancienneté du contrat, les fameux huit ans. Le PEA efface l'impôt sur le revenu des plus-values réalisées après cinq ans. Le PER détient un avantage fiscal qui agit, lui, "à l'entrée", en déduisant vos versements de votre revenu imposable. Trois avantages distincts qui ne se déclenchent donc pas au même moment.
Le bon équilibre entre ces trois enveloppes dépend de votre âge, de votre capacité d'épargne, de votre tranche marginale d'imposition, de votre horizon, etc. Cependant, il existe un paramètre que les comparatifs grand public ne prennent pas en compte : l'ordre dans lequel vous les ouvrez et les alimentez.
C'est précisément cet angle que je souhaite traiter dans cet article, parce qu'il est à mon sens bien souvent négligé.
Deux épargnants au même revenu, à la même capacité d'épargne, peuvent arriver à l'âge de la retraite avec des situations complètement différentes, uniquement parce que l'un a ouvert certaines de ces enveloppes au bon moment et l'autre non.
Dans quel ordre avez-vous ouvert vos contrats ? Connaissez-vous les principales différences et avantages de chaque enveloppe (assurance-vie, PEA, PER) ? Regardons cela de plus près !
Quelle est la différence entre la fiscalité de l'assurance-vie, du PEA et du PER ?
Les trois enveloppes obéissent à des mécaniques fiscales qui s'activent à des moments différents de la vie du contrat. Comprendre cette notion de temporalité fiscale, c'est comprendre l'importance que peut avoir leur ordre d'ouverture en fonction de votre imposition.
La fiscalité de l'assurance-vie
Il est important de souligner que dans le cadre de l'assurance-vie, la fiscalité est majoritairement appliquée au moment du rachat ou du dénouement du contrat et non au cours de la vie du contrat.
Ensuite, pour contrer les idées reçues, l'assurance-vie reste disponible et fiscalement compétitive dès son ouverture. Inutile donc de devoir attendre huit ans pour retirer son épargne.
Enfin, il est possible de détenir plusieurs contrats d'assurance-vie pour diversifier ses projets, ses bénéficiaires et ses assureurs, une souplesse impossible avec le Livret A ou le PEA, strictement limités à un seul par personne.
Vous trouverez de plus amples informations sur l'assurance-vie dans l'article dédié que j'ai écrit sur le fonctionnement et la fiscalité de l'assurance-vie.
Fiscalité du rachat de l'assurance-vie
Avant 8 ans, les gains retirés sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux).
Notons que depuis la dernière loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) de 2026, la quasi-totalité des placements financiers classiques voient leur fiscalité grimper à 31,4 %. L'assurance-vie fait partie des rares enveloppes préservées de cette hausse, conservant ainsi son taux de 30 % même en cas de rachat anticipé avant 8 ans.
Après 8 ans de détention, la fiscalité de l'assurance-vie devient particulièrement avantageuse. Elle vous permet de bénéficier d'un abattement annuel sur vos gains de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple (soumis à imposition commune).
Au-delà de cet abattement, vos gains sont soumis à un taux réduit d'impôt sur le revenu de 7,5 % (au lieu de 12,8 %), auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux (17,2 %), pour la part de vos versements ne dépassant pas 150 000 € (300 000 € pour un couple). C'est un peu technique.
En pratique, un couple peut ainsi piloter ses retraits chaque année pour rester sous le seuil des 9 200 € de gains retirés sur ses contrats et ne payer que les 17,2 % de prélèvements sociaux. Une souplesse idéale pour générer des revenus complémentaires à moindre coût fiscal !
Fiscalité de la succession de l'assurance-vie
À cette fiscalité de rachat s'ajoute un autre avantage, successoral cette fois-ci. Les capitaux transmis par assurance-vie au décès sont considérés hors succession civile. Ils échappent donc aux règles de rapport et de réduction (article L132-12 du Code des assurances). Fiscalement, cela signifie que chaque bénéficiaire désigné dans votre clause bénéficiaire profite d'abattements spécifiques, calculés en fonction des dates de versement des fonds sur votre contrat.
Pour les versements effectués avant 70 ans, l'abattement est de 152 500 € en franchise de droits par bénéficiaire (article 990 I du Code général des impôts), puis un taux de taxation de 20 % est appliqué jusqu'à 700 000 € (et plus ensuite).
Les versements effectués après 70 ans relèvent, quant à eux, de l'article 757 B du Code général des impôts. Seuls les montants des primes versées sont soumis aux droits de succession après un abattement global de 30 500 € (attention, à partager entre tous les bénéficiaires), tandis que la totalité des gains et intérêts accumulés est entièrement exonérée. On vient taxer l'épargne investie et non les intérêts qu'elle génère.
Important à savoir, le conjoint et le partenaire de PACS sont, eux, totalement exonérés. Les abattements ci-dessus concernent donc les autres bénéficiaires désignés.
Ce double avantage, fiscalité du rachat d'un côté et outil de transmission de l'autre, fait à mon sens de l'assurance-vie l'enveloppe la plus puissante et polyvalente des trois enveloppes détaillées dans cet article. Elle représente "la" véritable clé de voute d'un patrimoine financier bien structuré.
La fiscalité du PEA
Le PEA est une enveloppe boursière dédiée (à quelques exceptions près) à un seul univers d'investissement, celui des actions européennes et des fonds ou trackers éligibles au plan.
Après cinq ans de détention, l'impôt sur le revenu est totalement exonéré sur les plus-values. Restent en vigueur les prélèvements sociaux, portés à 18,6 % (au lieu de 17,2 %) depuis la loi de financement de la Sécurité sociale 2026.
Le plafond de versement maximum est de 150 000 € par personne, 300 000 € pour un couple, sur deux PEA détenus en propre. La liquidité (possibilité de retirer) est totale après cinq ans. Avant, tout retrait entraîne en principe la clôture du plan. Il faut donc voir le PEA comme une enveloppe à lancer tôt et à laisser travailler pendant au moins 5 ans, pas comme un compte dans lequel on peut piocher quand on le souhaite, contrairement à l'assurance-vie où cela est possible, même avant 8 ans.
Un point mérite d'être évoqué, car beaucoup d'épargnants se trompent à ce sujet. Le PEA n'est pas un placement, c'est bien une enveloppe. Un PEA peut parfaitement contenir un seul ETF monde géré passivement, alimenté progressivement sur quinze ou vingt ans, ou plusieurs lignes.
La gestion passive en ETF est personnellement la seule approche que je recommande pour cette enveloppe lorsqu'on a pas de solides connaissances en trading.
Le PEA est une enveloppe, pas un placement : il héberge des actions européennes ou des ETF éligibles, sans vous obliger à choisir des actions une par une.
L'ancienneté court à partir du premier versement, pas de l'ouverture administrative. Un PEA ouvert il y a 3 ans mais non alimenté a une ancienneté réelle de zéro.
Chaque année passée avant le premier versement repousse d'autant l'exonération. Ouvrir aujourd'hui avec 100 € symboliques prépare donc votre fiscalité future.
La fiscalité du PER
Le PER (Plan d'Épargne Retraite) est un excellent outil fiscal avant même d'être un placement. Tout comme l'assurance-vie, vous pouvez en ouvrir plusieurs et leur fonctionnement de base est assez similaire.
Le PER : un avantage fiscal à l'entrée
Le super-pouvoir du PER réside en son avantage fiscal à l'entrée.
Le principe est simple : chaque euro que vous versez sur un PER est déduit de vos revenus imposables de l'année (dans la limite d'un plafond équivalent, pour faire simple, à 10 % de vos revenus).
L'économie d'impôt est mécanique et dépend de votre tranche d'imposition.
Exemple :
Vous êtes dans la tranche marginale d'imposition (TMI) à 30 %. Si vous versez 5 000 € sur votre PER, vous réduisez vos impôts de 1 500 € (5 000 € x 30 %). L'économie d'impôt, qui se matérialisera l'année suivante lors du calcul de votre impôt, est bien visible.
Le PER : un capital bloqué et fiscalisé à la sortie
En échange de ce "cadeau" fiscal, il y a deux règles du jeu à accepter :
L'épargne est bloquée jusqu'à votre retraite. Il existe tout de même sept portes de sortie anticipée, notamment pour l'achat de votre résidence principale, ou en cas de coup dur (invalidité, fin de droits au chômage, décès du conjoint, etc.).
Vous serez fiscalisé à la sortie. Quand vous récupérez votre argent à la retraite, l'État se rappelle à votre bon souvenir. Vos versements initiaux sont alors soumis à l'impôt sur le revenu, et vos gains (les intérêts générés) sont soumis à la "flat tax" de 31,4 % (impôt sur le revenu et nouveau barème des prélèvements sociaux).
Le PER ne supprime donc pas totalement l'impôt, il le décale dans le temps. Tout l'intérêt du PER repose donc sur le pari qu'à la retraite, votre tranche marginale d'imposition sera inférieure à votre tranche actuelle (pendant votre vie active). Si c'est le cas, vous êtes gagnant de l'opération, si ce n'est pas le cas, vous aurez bloqué de l'argent dans une enveloppe aux règles plutôt contraignantes par rapport à d'autres, comme l'assurance-vie par exemple.
Quelle enveloppe selon votre tranche d'imposition ?
Avant de choisir une enveloppe, je regarde votre tranche marginale d'imposition. L'économie obtenue grâce à un versement sur le PER en dépend ; elle justifie, ou non, de bloquer votre argent jusqu'à la retraite. Commençons donc par situer votre tranche.
Les tranches d'imposition 2026, et où vous vous situez
Le barème s'applique à votre revenu imposable, divisé par le nombre de parts de votre foyer. Ce revenu figure à la ligne « revenu imposable » de votre dernier avis d'imposition. Il diffère de votre salaire brut comme de votre revenu net.
Un point revient souvent en rendez-vous. Le taux de votre tranche marginale s'applique uniquement à la part de votre revenu qui dépasse le seuil de cette tranche.
Une personne qui déclare 90 000 € par part se situe dans la tranche à 41 %, mais seuls les 5 423 € au-dessus de 84 577 € sont taxés à 41 %. Le reste est taxé aux taux inférieurs (30 % et 11 %).
Le PER tire son intérêt de ce mécanisme. Chaque euro versé est déduit du haut de vos revenus. Autrement dit, il vous fait économiser au taux de votre tranche marginale, supérieur à votre taux moyen, tant que sa déduction ne vous ramène pas dans la tranche inférieure. C'est un peu technique, voilà pourquoi il vaut mieux réaliser une simulation pour mieux comprendre.
Vous retrouvez le barème et les tranches marginales d'imposition sur le site du gouvernement.
Ce que votre tranche change à l'ordre des trois enveloppes
Le tableau ci-dessous résume mes recommandations selon votre tranche et indique l'économie d'impôt procurée par un versement sur le PER.
Les trois enseignements que j'en tire en fonction de votre tranche :
À 11 %, le PER a rarement de l'intérêt, et je le déconseille sauf situation particulière. L'économie se limite à quelques centaines d'euros. Le risque que la fiscalité de sortie l'annule reste réel si vos revenus de retraite vous maintiennent dans la même tranche. Vous bloqueriez alors votre argent pendant vingt ans pour un gain incertain.
À ce niveau de tranche, une assurance-vie de qualité et un PEA en trackers sont mieux adaptés : l'assurance-vie reste disponible à tout moment, tandis que le PEA le devient pleinement après cinq ans.
À 30 %, c'est le profil charnière, celui pour lequel l'analyse individuelle peut changer la réponse. Une question tranche l'arbitrage : votre tranche à la retraite sera-t-elle plus basse qu'aujourd'hui ? Si vous passez de 30 % à 11 %, vous gagnez 19 points nets. Si vous restez à 30 %, le PER se résume à un report d'imposition.
À 41 % et 45 %, le PER devient un outil puissant. Avec 100 000 € de revenu imposable par part, un versement de 10 000 € ne vous coûte que 5 900 € cette année-là, puisque toute la déduction s'impute sur la part de votre revenu taxée à 41 %. Une condition reste impérative : anticiper une baisse de tranche à la sortie. Sans elle, même à 45 %, le montage déçoit.
Ce que la loi de finances pour 2026 change aux versements sur le PER
Deux modifications récentes méritent votre attention, car elles ont une incidence sur le calendrier des versements.
La première touche l'âge. Les versements volontaires effectués à partir de votre soixante-dixième anniversaire ne sont plus déductibles. Si vous approchez de cet âge, ou si vos parents sont concernés, cette fenêtre se referme. Il faut donc l'intégrer dès maintenant.
La seconde touche au report. Les plafonds non utilisés se reportent désormais sur cinq ans au lieu de trois. Cette règle vaut pour les plafonds non utilisés à partir de 2026, ceux de 2023 à 2025 gardent leur délai de trois ans.
Ce report de cinq ans concerne le plafond général de déduction, dont disposent aussi les travailleurs non salariés. Si vous êtes libéral ou indépendant, votre plafond spécifique reste annuel et ne se reporte pas. Ce que vous déduisez de votre bénéfice professionnel réduit aussi en partie votre plafond général.
Dans quel ordre les ouvrir, et pourquoi cet ordre
Je propose généralement une séquence en quatre étapes, qui répondent chacune à une logique précise. Elle sert de point de départ et s'adapte ensuite à chaque situation familiale et fiscale. Lorsque la situation précédente est acquise, on démarre directement par la suivante.
Je commence par l'épargne de précaution, soit trois à six mois de charges sur un livret, avant de placer des sommes importantes dans une enveloppe. C'est la seule règle de base de gestion financière que j'impose à mes clients. Pourquoi ? Parce qu'un imprévu financé par un rachat d'assurance-vie, de PER ou une clôture de PEA, peut coûter davantage que ce que le contrat a rapporté, s'il est effectué au mauvais moment (au lendemain de la crise du Covid par exemple). Et cette notion d'épargne de précaution n'est pas liée aux montants d'épargne dont vous disposez. Certaines personnes ont beaucoup d'épargne investie dans des assurances-vie, PER ou PEA, mais aucune épargne facilement accessible en cas d'imprévu important.
Ensuite, si cela n'est pas fait, je préconise d'ouvrir une assurance-vie. Son compteur fiscal débute à partir du premier versement, et tous les versements suivants sont considérés fiscalement à partir de cette date. Un contrat ouvert aujourd'hui avec 500 € aura donc huit ans d'ancienneté dans huit ans, même si vous n'y touchez plus d'ici là.
Ouvrir tôt coûte peu, tandis qu'attendre repousse d'autant le cap des huit ans. Le contrat reste disponible à tout moment. Il convient donc aussi à un projet dont vous ne connaissez pas encore la date.
Dans un troisième temps, en fonction de votre situation et de vos objectifs, vous pouvez ouvrir un PEA. Son compteur part lui aussi du premier versement, mais son cap est fixé à cinq ans au lieu de huit. Au-delà, les plus-values ne sont pas taxées à l'impôt sur le revenu et seuls les prélèvements sociaux restent dus. Pour construire une poche actions sur des ETF, c'est l'enveloppe que je préfère, à condition d'accepter que sa valeur puisse baisser certaines années. Je trouve que le PEA est intéressant uniquement dans cette approche d'investissement passif.
Enfin, l'ouverture d'un PER arrive en dernier, et seulement si votre tranche le justifie. C'est le seul des trois contrats qui bloque votre argent jusqu'à la retraite, hors les cas de déblocage anticipé prévus par la loi. Ce blocage ne se justifie qu'en échange d'un avantage réel. Or cet avantage dépend de votre tranche marginale. Il s'agit d'une enveloppe très intéressante sur le long terme mais peu flexible.
Pourquoi l'assurance-vie et le PEA passent avant le PER
La logique est simple : on ouvre d'abord les enveloppes qui coûtent peu, gagnent en avantages avec le temps et nécessitent de "prendre date". Et même si vous n'êtes pas certain d'y placer de l'épargne un jour, sachez que pendant votre réflexion, l'assurance-vie et le PEA prennent déjà de l'ancienneté.
En pratique, vous pouvez ouvrir une assurance-vie puis un PEA avec un petit versement. Leur compteur est ouvert à partir du premier versement. Vous alimenterez ensuite l'enveloppe qui correspondra à votre situation du moment.
Je rencontre régulièrement la séquence inverse. Une personne souscrit d'abord un PER auprès de sa banque, pendant une campagne de fin d'année, sans avoir au préalable ouvert d'assurance-vie.
Les erreurs de répartition que je vois le plus souvent
Lorsque j’analyse un patrimoine, je retrouve régulièrement les mêmes situations : une assurance-vie conservée uniquement pour son ancienneté, un PER ouvert pour réduire l’impôt ou une clause bénéficiaire jamais relue. Pris séparément, ces choix peuvent sembler cohérents. Le problème apparaît lorsqu’ils ne correspondent plus à la situation, aux objectifs ou aux autres placements de la personne.
Erreur n°1 : conserver une assurance-vie peu performante pour son ancienneté
Je rencontre cette situation régulièrement, et elle peut coûter cher. Le contrat a été ouvert il y a plus de huit ans auprès de sa banque. Il comporte des frais d'entrée, sur versement, un fonds euro à la traîne et une gamme d'unités de compte limitée aux "fonds maison". La personne sait plus ou moins que son contrat n'est pas fameux, mais le conserve parce qu'elle pense que son ancienneté pourrait représenter un avantage.
Cette croyance mérite d'être analysée. Un contrat peu performant ne devient pas bon en vieillissant. L'ancienneté offre un régime fiscal de taxation plus favorable au niveau des gains, mais elle ne compense ni des frais élevés ni un rendement médiocre. Elle finit donc bien souvent par alléger l'impôt sur des gains...qui n'existent pas. Je détaille les points à vérifier sur un contrat ancien dans mon article sur le fonctionnement de l'assurance-vie.
Deux solutions sont possibles. Si le contrat peut être revu, on arbitre vers des supports mieux adaptés à votre horizon de placement et à vos objectifs, à l'intérieur même de l'enveloppe. Cet arbitrage ne déclenche aucune imposition et conserve l'ancienneté. Si la gamme de l'assurance-vie ou les frais ne le permettent pas, rien ne vous empêche de clôturer le contrat pour en ouvrir un meilleur.
Face à un contrat d'agence chargé de frais et limité aux fonds maison, simulations à l'appui, je retiens généralement cette seconde solution. Je préfère le dire franchement plutôt que de laisser croire qu'un contrat ancien est intouchable.
Pour trancher, j'examine quatre points. Je compare le rendement servi au cours des cinq dernières années à la moyenne du marché, puis j'étudie les frais de gestion sur les unités de compte. Je vérifie aussi la qualité et la performance de la gamme de produits financiers et le montant des plus-values latentes, dont dépend le coût fiscal d'une sortie. Après quelques calculs, la réponse est très claire.
Erreur n°2 : ouvrir un PER sans avoir vérifié sa tranche d’imposition
Cette deuxième erreur vient souvent d'une campagne commerciale de fin d'année. Le PER a été présenté comme une « réduction d'impôt », puis souscrit pour cette seule raison, sans que personne ait réalisé le calcul de sortie.
Le PER déplace l'impôt dans le temps. Vous économisez aujourd'hui au taux de votre tranche, puis vous paierez demain sur les sommes versées, au taux de votre tranche de retraité. Le gain net correspond donc à l'écart entre ces deux taux. Si cet écart est nul et que vous êtes par exemple dans la tranche à 30 % aujourd'hui comme à la retraite, vous aurez bloqué votre épargne pendant vingt ans pour un simple report de trésorerie. Autant ouvrir une assurance-vie, bien plus flexible et avantageuse à bien des niveaux.
Dans une tranche marginale à 11 %, l'intérêt d'ouvrir un PER est quasi inexistant.
Dans une tranche à 30 % ou 41 %, il devient favorable dès lors que votre tranche baisse à la retraite.
Dans tous les cas, la pertinence du PER dépend de l'évolution de vos revenus. Évolution bien souvent inconnue à un instant T. Cette question se tranche donc avec votre avis d'imposition sous les yeux. Le PER est un outil puissant, à condition qu'il réponde à vos besoins et soit adapté à votre situation et celle de votre foyer.
Erreur n°3 : ne jamais relire ses clauses bénéficiaires
Cette troisième erreur n'apparaît sur aucun relevé et n'est pas facile à chiffrer, ce qui la rend dangereuse. La clause bénéficiaire d'une assurance-vie ou d'un PER désigne les personnes auxquelles le capital sera versé à votre décès, ainsi que les proportions de répartition qui seront retenues. Dans les contrats que j'analyse en rendez-vous, il s'agit encore très souvent de la clause standard cochée lors de la souscription.
Or votre vie a pu changer entre-temps : un mariage, un divorce, une naissance, un remariage, un enfant devenu majeur ou un parent décédé. La clause, elle, n'a pas bougé. Elle désigne parfois un ex-conjoint ou prévoit « mes héritiers » alors que la personne voulait potentiellement avantager quelqu'un en particulier, ou propose tout simplement une répartition qui n'a plus de sens.
Une clause se modifie en quelques minutes, sans frais. Chaque événement familial doit conduire à la relire. Même sans changement, je recommande un contrôle au minimum tous les cinq ans, car le droit évolue et les expressions aussi.
Comment j’analyse une allocation existante
Quand une personne m'apporte ses contrats, j'examine la cohérence de la répartition de l'épargne au sein des différentes enveloppes, avant de regarder les placements réalisés et leur performance. Les incohérences les plus importantes se trouvent généralement à ce niveau. Il suffit de discuter quelques minutes avec une personne pour connaître ses objectifs, sa situation familiale, professionnelle, fiscale et savoir de quoi elle a besoin.
Je vérifie ensuite la performance des investissements et les dates d'ouverture des enveloppes. Un contrat non ouvert peut coûter des années d'ancienneté fiscale non utilisées. Cela ne se rattrape pas avant cinq ans pour le PEA et huit ans pour l'assurance-vie.
J'étudie ensuite la répartition de l'épargne au sein des enveloppes et je contrôle qu'elle correspond toujours à l'horizon d'investissement de la personne. Une configuration revient fréquemment, celle d'un contrat dont la répartition choisie lors de la souscription ne correspond plus du tout à la situation de la personne.
Je m'intéresse enfin aux clauses bénéficiaires, à leur cohérence avec le régime matrimonial et, surtout, avec ce que la personne compte faire de cet argent.
Ce que je retiens des trois enveloppes
Selon moi, l'assurance-vie reste l'enveloppe la plus utile et la plus polyvalente des trois enveloppes. Le PEA et le PER la complètent, mais chacun pour une raison précise.
L'assurance-vie mérite cette place pour trois raisons. Après huit ans, sa fiscalité devient plus favorable, avec un abattement annuel sur les gains et un taux réduit au-delà. Elle permet également d'organiser la transmission de l'épargne hors succession, ce qui protège vos proches.
La troisième raison vient de la réforme de 2026. La loi de financement de la Sécurité sociale a porté les prélèvements sociaux à 18,6 % sur le PEA et le PER, tandis que l'assurance-vie est restée à 17,2 %. Cet écart pourrait disparaître lors d'une prochaine loi de financement. Aujourd'hui, il joue en sa faveur. Je détaille ces règles dans mon article sur le fonctionnement de l'assurance-vie et sa fiscalité.
Je vois d'abord le PER comme un outil fiscal. Sur le fond, l'assurance-vie donne accès à peu près aux mêmes supports, avec davantage de souplesse et un argent disponible à tout moment.
Le PER apporte ce que l'assurance-vie n'a pas : une économie d'impôt à l'entrée. Dans un pays dont la dette et l'équilibre des régimes de retraite posent les questions que l'on connaît, cet avantage mérite d'être utilisé lorsque votre tranche le justifie.
Au-delà de l'impôt, le PER sert aussi à construire vous-même votre capitalisation, plutôt que de compter uniquement sur une pension dont personne ne peut connaître aujourd'hui la valeur dans vingt ans. Ce travail commence tôt et se pilote. J'y vois donc un intérêt réel mais complémentaire à l'assurance-vie, surtout aujourd'hui.
Le PEA complète l'ensemble si vous voulez investir dans les marchés boursiers. Sur des ETF (trackers), son coût de gestion est faible et son régime fiscal après cinq ans reste l'un des plus simples et avantageux. Sous réserve d'investir de façon régulière, mensuellement par exemple, pour lisser vos investissements dans le temps.
Ses contraintes sont connues : les versements sont plafonnés à 150 000 €, un retrait avant cinq ans entraîne en principe la clôture du plan et sa valeur suit les marchés, y compris lorsqu'ils baissent. Cela dit, il est de notoriété commune que l'investissement en bourse, sur le long terme, génère des performances moyennes situées entre 7 % et 10 % brut par an. Pourquoi s'en priver ?
Si vous détenez déjà ces trois enveloppes, prenez le temps de vérifier leurs performances, leurs frais et la place de chacune d'entre elles dans votre épargne. Vos relevés en main, vous pourrez voir si leur répartition correspond encore à vos besoins et à vos projets, surtout si votre situation a changé.
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Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre purement informatif et éducatif. Elles ne constituent en aucun cas un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation AMF. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte partielle ou totale du capital investi. Les performances passées ne présagent pas des performances futures. AURA PATRIMOINE · Conseiller en investissements financiers, inscrit à l'ORIAS sous le n° 23006277 (www.orias.fr).

